Le Machu Picchu (la « vieille montagne » et sa petite soeur le Wayna-Picchu (ou Huayna Picchu, la « petite montagne ») culminent à près de 2500 mètres d’altitude et font partie des immanquables du Pérou. J’ai fait la visite de l’ancienne cité Inca et je vous raconte mon expérience.
Sur la trace des incas
Après mes deux incursion sur le Lac Titicaca, côté Bolivien (à la Isla del Sol) et côté Péruvien (Les Iles flottantes des Uros), me voici à Cusco. J’écris « Cusco » car j’ai appris que l’orthographe Cuzco est celle imposée par les colons espagnols. Les incas eux avaient nommé « Qosqo » ou Qosquo » (le centre, le milieu, le nombril). Depuis plus d’un mois, en fait depuis que j’ai quitté la région de la Patagonie, le passé Inca (au travers des peuples qui l’ont constitué ou en ont fait partie, comme les Quilmes, les Quechua, Les Aymara, et tous les autres….) est très fortement présent dans ce voyage. Bien entendu par le folklore, la musique, les vêtements, mais aussi toutes les notions que j’ai découvertes au fur et à mesure de mon parcours.
Me voici donc à Cusco, dans un hostel de style hippie, entourée de quelques américains et autres anglosaxons, ayant eu connaissance de cette adresse par le Lonely Planet ou le bouche à oreille. La propriétaire, une sud-africaine qui de toute évidence à fait la route de Katmandu dans les années 70, propose chaque semaine un « voyage » spirituel dans son autre demeure « the Moon Temple » quelque part dans les hauteurs de Cusco.Un hostel à l’ambiance chamanique
Un petit panneau dans la salle commune et quelques feuilles font l’apologie du cactus San Pedro, -licite- dont les effets sont proches des expériences chamaniques. Il fallait entendre les convives en parler… ils avaient apparemment réussi leur communion avec le monde végétal et leur propre moi. Je ne pourrai vous en dire plus, je n’ai pas essayé. Je fais déjà mon propre « voyage » et je plane déjà assez comme ça pour avoir besoin. Pour ma part je suis restée attablée pratiquement une journée entière sans pouvoir bouger à mon arrivée à Cusco. Non pas que j’ai pris de la drogue (bien que je sois dans l’obligation de boire plusieurs matés de coca par jour pour atténuer les effets de l’altitude, mais je répète, la feuille de coca n’a RIEN à voir avec la drogue que l’on en tire !), mais parce que la fatigue -probablement-, le manque de sommeil réparateur et les variations d’altitudes ont eu raison de moi. Après près d’un mois à jongler entre les 3 000 à 5 000 mètres, c’est à Cusco que le Soroche (ou Mal Aigü des Montagnes) m’a attaquée. Je m’en était pourtant
parfaitement tirée jusque là et j’étais bien persuadée que ces effets n’avaient lieu que les premiers jours. Horrible impression. J’ai échappé aux migraines et aux nausées qui peuvent même être dangereuses, mais des fortes palpitations dès le réveil, le souffle court au moindre mouvement, le manque d’appétit voire de légers vertiges ont été ma sanction. Il faut savoir que, tant Potosi que La Paz, Copacabana, Puno, et Cusco sont des villes où il est rare qu’une rue soit à plat. Non, c’est plutôt de grands Montmartre versions andines. Avec des rues pavées et des pentes qui peuvent atteindre les 45°. A plus de 3 000 mètres d’altitude, il faut se farcir les escaliers sans fin, oublier la cigarette et les conversations en marchant, on devient admiratif des petites vieilles que l’on voit déambuler dans les rues avec leur fardeau attaché dans le dos…!
J’ai organisé mon excursion au Machu Picchu tout.e seul.e
D’abord bien comprendre et effectuer des choix entre les différentes options (le train ou le bus depuis Cusco), monter à pied ou en bus au Machu Picchu depuis Aguas Calientes, faire ou pas le Wayna Picchu, dormir à Aguas Calientes ou pas.
Tous les billets doivent être pris à l’avance y compris l’entrée au site archéologique et au Wayna Picchu, qui n’accepte que 2 groupes de 200 personnes par jour. Il faut même décider à l’avance de l’horaire ; 7h (du matin, oui) ou 10h, sans pouvoir modifier son choix par la suite.
Coût total : plus de 50 dollars pour le trajet A/R en train (1h30 par trajet, donc hors de prix comparativement au coût de la vie et des autres transports !) et près de 40 euros pour le billet combiné « Machu Picchu et Wayna Picchu ». (Tarifs 2011)
À la conquête du Machu Picchu
ambiance humide et tropicale, petits bars dans les rues piétonnes et invitations aux salons de massages… je me boirais bien une petite bière en terrasse en cette nuit bien agréable, mais déjà que je commence à sérieusement tout mélanger dans ma tête, fascinée et intérieurement surexcitée par mon objectif du lendemain, je me décide à aller me coucher au plus vite et sans dîner pour ne pas risquer de compromettre ma journée du lendemain. Je dois me préserver, pas le temps d’être malade ou trop fatiguée, et encore moins demain, j’attends ce moment depuis bien trop longtemps.
4h30. Le réveil sonne. Mon petit sac à dos d’excursion est prêt, je me lance sous une douche à peine tiède, m’habille et me voilà partie pour aller chercher mon billet de bus. Tous le monde insiste pour dire qu’il faut être dans les 1ers sur le site « allez courage, une fois dans la vie, tu verras ça vaut le coup »… bien joué, il y a moins d’une dizaine de personnes, à peines éveillés comme moi qui attendent. Le guichet n’a même pas ouvert. Cela a un côté « concert de star » toute cette histoire…. ça me gave un peu mais c’est comme ça. Pendant que je fais la queue à la petite cabane je discute avec une guide, pour elle c’est le lot quotidien de se lever à 4h30… elle aussi doit être sur le site pour trouver ses clients dès la première heure… ! Comme je comptais de toute façon prendre une guide (allez encore 10 euros de plus) et qu’elle à l’air sympa on commence à constituer le groupe. Je suis seule, il faudra encore trouver 2 ou 3 autres touristes pour obtenir le tarif en question. Contente elle aussi d’avoir trouvé sa première « gringa », elle me garde une place dans la queue pour accéder au bus… et je me retrouve donc 1ère à poser le pied dans ce fichu bus, quelle pression, on dirait que je vais voir Michael Jackson ! 6 heures, le jour est en train de se lever. Pendant le trajet nous avons croisé les quelques courageux qui montent à pied depuis le village, environ 1h30 de rude montée par des escaliers qui croisent la route aujourd’hui asphaltée. Il faut penser à ces dingues d’Incas qui n’avaient pas le choix entre le bus ou les sandales…
A peine arrivés, nous entrons dans les 20 ou 30 premiers sur le site, un couple d’italiens s’est joint à la guide et moi-même et nous entamons la visite. Dès le premier lacet, c’est le choc. La cité est là, devant nous, comme un diamant dans son écrin de verdure.Le sanctuaire Inca
La vision est magique, mystique, incroyable. Je ne peux m’empêcher de photographier le site, plusieurs fois, c’est pourtant le même angle, le fameux, celui que l’on retrouve sur toutes les photos, j’ai vu cette photo mille fois, la mienne n’est pas différente mais je ne peux m’en empêcher, comme si j’en voulait un bout pour moi.La frustration des visites guidées
L’ascension du Wayna Picchu
Et c’est parti. Encore une fois, entre jubilation et euphorie, j’ai décidé de faire la montée tranquillement, à mon rythme. Je m’arrêterai tant qu’il le faudra, j’ai mon bâton de marche loué pour m’aider et mon MP3 pour me motiver. Personne pour me lancer de challenge, personne dont il faudrait que je suive le rythme. Non, je suis seule et c’est très bien comme ça, de toute façon il est impossible de parler en montant, tous mes sens sont en éveil, je veux profiter de chaque seconde de cette montée. Et c’est le cas. Je laisse les « jeunes » me doubler, et à l’intérieur de moi-même je me dis « ouais ouais c’est ça… », contente que je suis de ce que je suis en train de faire. A l’entrée de cette partie du site il faut inscrire son nom sur un registre avec l’heure d’accès et son âge. Je suis N° 216, donc la 16ème entrante du 2ème groupe. Je fais partie des « vieux », une fois de plus. Je ne vois que des 21, 24, 27, allez 35 au plus et puis 1 ou 2 « plus de 40 ». Je ne sais pas si cela doit me déprimer ou me réjouir….
Le dernier quart d’heure est dur, mais je continue à suivre mon rythme et je me porte finalement assez bien, je fais des pauses courtes mais régulières. La brume provenant de la vallée monte progressivement, l’arrivée au sommet est fantastique. C’est vraiment haut, ceux qui sont arrivés avant moi sont assis sur les rochers. Il n’y a aucun endroit plat et ils sont soit en train de photographier, soit assis en silence, la grande communion des privilégiés qui sont là.L’arrivée au sommet, un moment mystique
La vision est unique, on a vraiment l’impression de toucher le ciel, et j’ai heureusement le temps d’en profiter un peu avant que la brume ne vienne totalement voiler l’horizon et nous recouvrir de son manteau blanc. C’est drôle, on sent que les gens ne veulent pas redescendre. Il n’y a « plus rien à voir », et pourtant on reste assis là pour faire durer le moment. Moi même suis sur le point de partir à plusieurs reprises, et à chaque fois quelque chose me retient, je cherche un prétexte pour rester encore là. Une dernière photo, j’en ai déjà fait mille, un dernier regard sur l’horizon en cherchant un petit coin d’éclaircir, il n’y a plus rien à voir et pas de présage d’une éclaircie avant un bon moment. Le gardien à ordre de faire redescendre les derniers touristes vers midi.
La descente du Wayna Picchu
C’est l’heure de redescendre: Je ne m’étais heureusement (?) pas trop retournée lors de la montée ; vue du haut des marches et de cette altitude, la descente est cette fois-ci vraiment étourdissante. Des marches le plus souvent hautes pour mes petites jambes et étroites à la fois, des câbles en acier pour se tenir, enclins au vertige s’abstenir ! J’espère juste ne pas faire un faux pas. Il a plu à plusieurs reprises, les pierres sont mouillées voire boueuses et glissantes, cela ne pardonnerait pas et personne devant ni derrière moi pour venir m’aider avant longtemps.Et toc.
Le site du Machu n’est pas beaucoup plus fréquenté, quand je pense à toutes les précautions que j’ai prises pour éviter la soit-disant « foule » qui arrive dès 10 heures du matin…
Je redescendrai « finalement » à Aguas Calientes vers 16 heures avec le sentiment d’avoir profité pleinement du site. En fin de journée le soleil qui nous avait salués à notre arrivée refait une apparition, et encore une fois je m’assieds sur un bout de pelouse en hauteur pour m’imprégner une ultime fois de cette vision. Mon coeur bat ; je suis emplie de joie et de mélancolie à l’idée de devoir tourner le dos à ce qui ne restera plus qu’un souvenir… et quel souvenir.
dominant d’environ 360 mètres le site historique inca : le Machu Picchu.
Pour voir l’album photos de mon excursion dans la Vallée Sacrée et le Machu-Picchu cliquez ici : Album Photos
Au fil des années, les choses se sont organisées et vous pouvez aujourd’hui organiser votre excursion au site plus facilement





Wow ! On a coutume de dire qu'une image vaut mieux qu'un millier de mots, mais les mots que tu as su trouver ont vraiment réveillé en moi les souvenirs de ces lieux magiques et décrivent avec une précision d'orfèvre les émotions ressenties sur place. Merci pour les frissons !
Hola que haces ? En lisant tout ça ta soeur arrive a ressentir certaines sensations notament l'épuisement dût au mal d'altitude, acompagné du grisement d'être dans de tels lieux. Ce qui est paradoxal c'est que la feuille de coca est l'antidote du mal par le mal, c'est à dire un excitant pour compenser les palpitations et l'effet terrible d'engourdissement, on se jette ou l'on peux et le corps enkilosé n'a plus la force de bouger, juste respirer. Toi, tu dût gravir quelques ruelles et chemins bien denivelés, c'est bien raconté. Quelle expérience géniale, cela donne envie, mais attention, ça se merite ! N'est-ce pas Erick ? Merci pour ça !
Tes photos sont fabuleuses, ça fait vraiment rêver !!!
d'un sens c'est réconfortant, la magie de ces lieux n'appartenant encore qu'à eux-mêmes, personnels, ne se donnant qu'au prix de cet effort. Bravo de l'avoir fait!