Arrivée à Madagascar

Première journée à Tana (Antananarivo), et j’ai déjà pris environ 250 millions de photos en quelques heures.

Traversant le marché d’Analakely, descendant les marches, me perdant entre les étals de fruits et légumes, de bric à brac, récup en tous genres, objets artisanaux, buvant mon jus de coco fraîche puis mangeant sa chair douce, remontant les marches et me perdant à nouveau dans le marché aux poissons, puis parmi les petits étals de boucherie (cœurs sensibles s’abstenir, l’odeur de viande fraîche prend au cœur), souriant et échangeant quelques mots tous les mètres… 

J’ai dû faire un effort à plusieurs reprises pour remettre les pièces de mon cerveau en place ; Bolivie ? marché de Chatuchak à Bangkok ? Inde, République Dominicaine ? 

Tous les souvenirs de mes voyages se mélangent et s’entrecroisent, je ne sais plus où je suis et je dois faire un effort pour retrouver le nom du pays dans lequel je me trouve. Ah oui, Madagascar ! Tout se mêle, les souvenirs et la découverte, c’est un patchwork de couleurs, d’odeurs et de sensations explosif. Impossible de ne pas comparer, sans cesse évaluer : les gens sont plus souriants qu’en Bolivie, autant qu’en Asie, un peu moins doux qu’en Thaïlande, plus ceci ou moins cela, cherchant les points de repère dans mon esprit cartésien. 

 Je retrouve les nunis ces fruits verts aux allures de petits ananas qui sentent le camembert que j’avais découvert en République Dominicaine et dont le jus est reconnu pour ses vertus médicinales, je reconnais tous les objets fait de récup que j’ai vu en photo ou chez d’autres voyageurs, typiques et emblématiques de l’Afrique, les traits et la taille de ces petites femmes affublées d’un petit chapeau me rappellent la Bolivie, je ne sais plus où je suis. Bouleversée, enivrée, étourdie de toutes ces sensations. Nous sommes à 1200 mètres d’altitude, mais pas de hautes montagnes à l’horizon. 

Des petites maisons aux toits pointus recouverts de tuiles, une église de couleur brique qui domine la ville et qui ressemble plutôt à une abbaye, des hommes qui fouillent un camion de détritus et en sortent tous les objets qui, quelques mètres plus loin, sont lavés puis exposés par des femmes dont les enfants en haillons et les cheveux en bataille jouent pieds nus. 

Des dizaines de fioles de verre à usage médical, des boites à œufs empilées, des contenants en tous genres… et cet enfant qui chante sur les marches d’escaliers pour gagner quelques pièces, et ces deux enfants, noirs de poussière qui jouent à terre… 

je suis une éponge à sensations insatiable. 

Je photographie, consciente de n’être qu’une vazaha, une touriste de plus à peau blanche (j’ai dû en croiser moins d’une dizaine dans la journée), fascinée et curieuse de tout, pauvre naïve qui vient se dépayser et se faire frémir par l’entremise de ces gens dont l’objectif principal est probablement de trouver chaque jour le moyen de se nourrir. 


Chaque portrait que j’obtiens au prix d’un sourire est comme une petite victoire et à la fois une goutte de plus qui vient s’ajouter à ma coupe de la honte.


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